Latin : exposé sur les quatre parties du discours.

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Latin : exposé sur les quatre parties du discours.

Message  Julie le Mer 3 Fév - 15:23

RATON Julie
Exposé de latin

Les quatre parties du discours (dispositio) : exordium, narratio, confirmatio, peroratio.

Intro. : Dans l’Antiquité, l’éloquence occupe une place considérable notamment dans les domaines politique et juridique. Les Romains s’inspirent des Grecs pour réaliser des traités de rhétorique. La Rhétorique à Hérennius achevée par Cicéron alors qu’il a tout juste 20 ans marque le point de départ de cette longue lignée. Le De Oratore (écrit entre l’exil et la guerre civile), le Partitiones Oratoriae, l’Orator (écrits tous deux au lendemain de Pharsale) de Cicéron ainsi que l’Institutio oratoria de Quintilien retiendront tout particulièrement notre attention. On aborde dans ces traités de rhétorique la façon d’organiser le discours. Cicero filius : « Quid ? orationis quot sunt partes ? » -> « Et pour le discours, combien de parties ? » Cicero patres : « Quattuor. Eorum duae ualent ad rem docendam, narratio et confirmatio, ad impellendos animos duae, principium et peroratio. » -> « Quatre. Deux servent à exposer le fait, la narration et la confirmation, deux à émouvoir les âmes, l’exorde et la péroraison. » Une présentation concise des quatre parties du discours nous est donnée par Cicéron dans son manuel de rhétorique Partitiones Oratoriae (Divisions de l’art oratoire) qu’il compose pour son fils en 46 à l’âge de 61 ans (l’on retrouve ici la nécessité de l’écriture des traités de rhétorique dans une cité où l’éloquence joue un si grand rôle, chaque jeune homme de bonne famille se devant de la pratiquer), et en guise de préparation au séjour à Athènes qu’il compte effectuer l’année suivante pour se perfectionner dans l’étude de la rhétorique. Tout discours au sens de « dispositio », c’est-à-dire de sélection et de classement des choses à dire et d’élaboration d’un plan, présente un agencement strict, repose sur des règles académiques qui permettent à l’orateur de transmettre ses idées. L’objet du discours, de la disposition doit être à l’origine de tous les soins de l’orateur chargé de mettre en place de manière cohérente et hiérarchisée la masse informe des idées à développer issues de la phase première qu’est l’invention. L’introduction à l’Orator de Cicéron (ouvrage publié en 46 également et visant à définir l’orateur idéal) précise d’ailleurs le caractère immuable des parties du discours dont le schéma est imposé à l’orateur par la nature même des choses. Le discours se compose de quatre à sept parties que sont : l’exordium (l’exorde), la narratio (la narration), la propositio ou diuisio (la proposition ou la division) qui consisite, elle, à poser le sujet, c’est-à-dire à définir l’angle sous lequel on entend le traiter et à annoncer son plan et ses divisions, la confirmatio (la confirmation), la refutatio ou reprehensio (la réfutation ou la répréhension) qui vise à réfuter les arguments de l’adversaire, la digressio (la digression), c’est-à-dire l’élévation du débat par les procédés de l’amplification qui est une argumentation passionnée (« uehemens argumentatio »), et la peroratio (la péroraison ou conclusion). On évoque traditionnellement 4 parties du discours mais la partie purement argumentative est composée de trois sous-parties. Nous ferons plus spécifiquement porter l’étude sur les quatre parties essentielles du discours que sont l’exordium, la narratio, la confirmatio et la peroratio pouvant elles-mêmes être architecturées en sous-moments, en présentant leurs caractéristiques propres d’un point de vue purement théorique puis en les appliquant à des exemples concrets.

I- L’exorde = exordium = proenium = principium
L’exorde équivaut à une entrée en matière (L’Orator, 15,50 : « Vestibula nimirum honesta aditusque ad causam faciet illustres. » -> « Il fera un beau vestibule et des accès bien éclairés à la cause. » Cicéron ajoute (35, 122 : « Quid enim iam sequitur, quod quidem artis sit, nisi ordiri orationem, in quo aut concilietur auditor aut erigatur aut paret se ad discendum. » -> « Que reste-t-il en effet maintenant qui soit du domaine de la technique, sinon d’introduire son discours par un exorde dans lequel on se concilie son auditeur ou on éveille son attention, ou on le dispose à se laisser instruire ? ») L’exorde doit être approprié à la cause si bien qu’il diffère suivant les différents types de discours, et l’objectif de l’orateur est de se concilier son auditoire, c’est-à-dire de le rendre bienveillant (beniuolum facere) grâce à la captatio benevolentiae, attentif aussi (attentum facere) et disposé à se renseigner (docilem facere). Cicéron résume ces différents buts de l’orateur dans cette 1e partie du discours dans son Partitiones Oratoriae : (8, 27) « Sumuntur autem trium rerum gratia, ut amice, ut intellegenter, ut attente audiamur. » -> « On s’y propose un triple objet : obtenir de l’auditeur sympathie, intérêt, attention. » Par ailleurs, Cicéron confère dans l’Orator des règles précises à l’exorde que tout orateur se doit de respecter : (36, 124) « Principia uerecunda, nondum elatis incensa uerbis, sed acuta sententiis uel ad offensionem aduersarii uel ad commendationem sui. » -> « Les exordes seront réservés, sans être encore enflammés par l’emploi d’un vocabulaire élevé, mais aiguisés de traits destinés soit à jeter le discrédit sur l’adversaire, soit à se faire soi-même bien voir. » Qui plus est, l’exorde doit « toucher l’âme », dit-il -> « prima ad motum animi ualet » et c’est peut-être la captatio benevolentiae qui y concourt le plus. Le début ex abrupto de la Première Catilinaire : « Quo usque tandem abutere Catilina patientia nostra ? » -> « Jusqu’à quand donc Catilina abuseras-tu de notre patience ? » en témoigne par la question oratoire où le « nous » associe l’orateur à ses juges tout en suscitant l’indignation. Les moyens d’obtenir l’intérêt du public sont divers : pour obtenir la bienveillance de l’auditeur et sa sympathie, l’orateur doit se dévoiler en quelque sorte : il parlera de sa situation morale notamment ou de ses qualités « et maxime liberalitatis, officii, iustitiae, fidei » -> « et en particulier libéralité, serviabilité, justice, bonne foi », indiquera les points de contact entre les juges et lui-même (par exemple la classe sociale) et anéantira s’il y a lieu tout sentiment de haine ou de défiance que l’on a manifesté à son égard en usant de l’apitoiement ; pour obtenir l’attention de l’auditeur, il s’agira de résumer le genre et la nature de la cause et d’annoncer quelque chose d’important qui fasse préalablement partie des centres d’intérêt de l’auditoire. Les discours politiques ou judiciaires nous en offrent de bons exemples. Il en est ainsi de l’exorde du De Signis de Cicéron dans lequel l’orateur en appelle à la participation des juges grâce aux apostrophes, tout en affirmant sa présence : « Pour moi de quel nom appeler [la passion de Verrès], je ne sais ; je mettrai la chose sous vos yeux, vous-mêmes faites état de ce qu’elle est plutôt que de son nom. » Cicéron expose également en quelques lignes le sujet (la dénonciation des turpitudes d’un aristocrate qui pille sans vergogne la Sicile de ses statues et objets d’art) en s’impliquant par la récurrence de la 1e personne : « Je déclare que dans toute l’étendue de la Sicile, province si riche, depuis si longtemps conquise, comprenant tant de cités, tant de maisons si opulentes, il n’est pas un vase d’argent, pas un vase de Corinthe ou de Délos, pas une pierre précieuse ou une perle, pas un objet d’or ou d’ivoire, pas une statue de bronze, de marbre ou d’ivoire ; non, il n’est pas une peinture sur bois, pas une tapisserie, qu’il n’ait recherchée, examinée et, si elle lui a plu, dérobée. »

II- Narratio
La narration est ce que Cicéron nomme dans son Partitiones Oratoriae (9, 31), l’exposé des faits : « Narratio est rerum explicatio. » ce qui fait son principal mérite. Elle doit être concise (breuis), c’est-à-dire ne pas s’encombrer de détails oiseux, inutiles ; claire et facile à suivre (aperta, dilucida, perspicua) ; plausible et vraisemblable (probabilis, ueri similis, credibilis) : (35, 122, l’Orator, « Rem breuiter exponere et probabiliter et aperte, ut quid agatur intellegi possit. » -> « Exposer les faits, brièvement et d’une manière plausible et clairement, pour qu’on puisse comprendre de quoi il s’agit. ») dans la mesure où « les choses racontées ne sont pas en contradiction avec les personnes, avec les circonstances de temps et de lieu ; si chaque fait, chaque effet reçoit son explication ; si ce qu’on dit paraît établi par un témoignage appuyé sur l’opinion générale ou sur quelque autorité, conforme aux lois, aux mœurs, à la religion et si le narrateur se présente comme un homme probe, franc et dont la vie sert de garant aux faits qu’il rapporte », explique Cicéron. Ce souci de clarté est bien visible à la page 9 du polycopié du De Signis (III, 5) où Cicéron décrit avec simplicité les canéphores de Polyclète. La narration est indispensable (necessaria) car c’est sur elle que l’on s’appuie pour établir la conviction, elle ne saurait être en ce sens un simple « ornement » du discours. On peut y ajouter accessoirement l’agrément (suauis) lorsque le récit présente des passages qui étonnent, fascinent, des dénouements inattendus, des mouvements pathétiques de temps à autre, des dialogues ou encore comme le propose Cicéron, à travers une énumération si la narration donne à voir des sentiments divers et variés : « dolores, iracundias, metus, laetitias, cupiditates » -> « de la douleur, de la colère, de la crainte, de l’allégresse, des passions ». Dans le De Signis, (Livre IV, XIV, 32, p.24 du polycopié), l’agrément est rendu par l’art du récit (« Mais, juges, écoutez cette histoire. ») ; un récit animé avec un dialogue entre les frères de Cibyre et Pamphile qui négocie avec les deux limiers pour conserver ses coupes moyennant finances.
Tr. : Récit et argumentation sont traditionnellement divisés, mais le récit a souvent une dimension argumentative ; la narration est orientée. Les faits sont présentés de telle sorte que l’orateur s’efforce de convaincre son auditoire du bien fondé de sa thèse.

III- Confirmatio
Le but de la confirmation est de présenter les arguments de l’orateur. Elle s’adresse donc à l’intelligence et fait appel au probare , ressort de l’éloquence en rapport avec le rôle qui est assigné à la partie. Rappelons qu’il s’agit du conciliare dans l’exorde, et nous verrons que c’est le mouere qui est requis dans la péroraison. (9, 33, Partitiones Oratoriae, « In confirmatio nostra probare uolamus. » -> « Dans la confirmation, nous voulons donner nos preuves. ») ; (35, 122, l’Orator, « sua confirmare » -> « étayer sa thèse ») en donnant à chacun des points de l’argumentation la forme d’un raisonnement. Dans la partie argumentative du traité de rhétorique, une codification précise les différents types de preuves très organisées. Le livre de Laurent Pernot, La Rhétorique dans l’Antiquité paru en 2000, indique que l’on distingue deux types de preuves : 1) les preuves extérieures à l’art (artis expers, inartificalis), c’est-à-dire les preuves qui ne sont pas créées par l’orateur, mais qui préexistent : Quintilien au Chapitre Premier du Livre Cinquième de son Institutio oratoria « De probationum divisione » -> « De la division des preuves » regroupe sous cette appellation les préjugés, les rumeurs publiques, les aveux passés sous la torture, les documents écrits, les serments, les témoignages. Mais les choses se compliquent parce que Quintilien divise ces catégories de preuves en sous catégories : donnons l’exemple des « préjugés » (chap. 2) qui sont de trois sortes : « ceux qui se fondent sur des cas semblables déjà réglés par la jurisprudence des tribunaux, ce que j’appellerais plus volontiers des exemples, comme les testaments annulés ou maintenus de pères contre leurs enfants ; ceux qui s’établissent sur des jugements antérieurs ayant trait à la cause même qu’on plaide, d’où vient vraiment le nom de préjugés ; et enfin ceux qui résultent de ce qui a déjà été jugé dans la même affaire, comme à l’égard des condamnés à la déportation, à l’égard des demandes itératives pour affranchissement de servitude (…) » ; de même pour les témoignages qui se produisent de deux manières : ou de vive voix ou par écrit. 2) les preuves ressortissant à l’art, (artificialis) qui sont élaborées par l’orateur et qui dépendent de son talent et de sa capacité à construire un raisonnement convainquant, et qui sont des preuves qui consistent dans le caractère de l’orateur tel qu’il se manifeste dans le discours (êthos), les dispositions dans lesquelles l’orateur met les auditeurs, les passions qu’il leur inspire (pathos), le discours lui-même par les démonstrations que l’orateur apporte (logos). Ces preuves artificielles nous dit Quintilien au chap. 8 « qui appartiennent toutes entières à l’art (…) sont le plus souvent tout à fait négligées, ou à peine effleurées par ces orateurs superficiel, qui, fuyant le champ épineux et aride des arguments, se complaisent nonchalamment dans d’agréables lieux communs. »

IV- Peroratio = conclusio
35, 122, l’Orator, « post omnia perorationem inflammantem restinguentemue concludere » -> « conclure le tout part une péroraison qui enflamme ou qui éteigne la passion » Quintilien qualifie d’ailleurs la péroraison de « couronnement » ; c’est le pendant symétrique de l’exposition marquant la fin de l’argumentation. On y distingue deux parties : l’amplification (amplificatio) et la récapitulation (enumeratio). 1) l’amplification, affirmation plus forte qui rend le discours convainquant en touchant les âmes, en émouvant (mouere), en appelant à la pitié (commiseratio) ou à l’indignation. Le choix des mots et le fond (l’elocutio) ont ici toute leur importance, tout comme les gestes (l’actio) propres aussi à faire impression sur les âmes. L’amplification varie suivant les types de discours, l’on peut parler d’une utilisation variée de l’élocutio pour susciter des passions diverses : par exemple, pour un discours devant les tribunaux, le réquisitoire, l’accusateur va s’adresser aux moyens qui suscitent la colère des juges tandis que pour le plaidoyer, il s’agira dans la défense de l’accusé de s’adresser plutôt aux moyens qui exciteront leur compassion, mais les rôles sont aussi susceptibles de changer comme l’explique Quintilien « l’accusateur a la ressource des larmes quand il veut apitoyer sur le fait dont il poursuit la vengeance, et l’accusé cherche à soulever l’indignation par le tableau des calomnies et des manœuvres dont il est l’objet. ».Pour susciter les passions, l’orateur a recours majoritairement et avec succès aux prosopopées, c’est-à-dire d’après la définition que nous en donne Quintilien à « des personnages auxquels on fait tenir un langage qui convient à l’accusé ou à son avocat ». L’émotion la plus vive est suscitée par la mise en scène des parties intéressées explique Quintilien : « c’est la voix, c’est le sentiment des malheureux eux-mêmes qui retentissent aux oreilles et au cœur du juge ; leur seul aspect lui arrache des larmes ; et comme on se sentirait plus touché si c’étaient eux qui racontassent leurs propres infortunes, le récit participe de cette disposition, lorsqu’on parle en quelque sorte par leur bouche. » C’est ainsi que dans le Pro Milone, Cicéron prête à son client un langage et des plaintes qui ne sont pas déplacés chez un homme de cœur : « O frustra, inquit, mei suscepti labores ! O spes fallaces ! O cogitationes inanes meae ! » -> « C’est donc inutilement que j’ai entrepris tant de travaux ! ô trompeuses espérances ! ô pensées vaines et illusoires ! ». 2) le résumé, « aut memoriam refici » -> « pour soulager la mémoire du juge » explique Quintilien au livre 8. C’est donc une récapitulation de l’essentiel, légitime si l’orateur doute de la mémoire de ses auditeurs en raison de la longueur du discours par exemple, mais on peut aussi la définir à la manière de Cicéron comme le moyen privilégié donné au discours d’acquérir plus de solidité par un rassemblement des forces. C’est aussi l’idée de Quintilien au chap. 1 du livre 6 intitulé « De conclusione seu peroratione » -> « De la conclusion ou péroraison » : « Cette énumération doit se faire le plus brièvement possible, il s’agit de récapituler, en courant, les principaux chefs (…) il faut irrévocablement former l’opinion du juge, car on n’a plus rien à dire après, et il n’y a plus d’arguments à tenir en réserve. »

Conclusion : Les quatre parties du discours qui se succèdent dans un ordre fixe qui équivaut à l’ordre des tâches que l’orateur doit remplir successivement contribuent donc à faire du discours un édifice d’apparence cohérente. Mais le schéma n’a pas la valeur impérative qu’on voudrait lui conférer. Au contraire, l’on pourrait même parler d’une souplesse du traité de rhétorique, ouvrage didactique dont chacun, en mesure qu’il acquiert de l’expérience, choisit ou non d’appliquer les règles. On peut même supprimer certaines parties dites essentielles du discours ; par exemple l’exposé des faits ou narratio s’il est inutile ou a déjà été effectué par l’adversaire, on peut réduire l’exorde à quelques mots quand le sujet est mince. Le choix en revient à l’orateur, l’essentiel est que le discours par son agencement même soit digne de louanges : « Omnis pars orationis esse debet laudabilis. » (Chacune des parties du discours doit mériter l’éloge. » (36, 125, l’Orator).

Julie

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Re: Latin : exposé sur les quatre parties du discours.

Message  Claire MD le Mer 3 Fév - 19:52

Très bonne idée de le mettre sur le forum!
Merci Very Happy

Claire MD

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